Reconnaître rapidement les maladies courantes du chat peut faire la différence entre un traitement simple et une situation d’urgence. Le chat est expert pour masquer sa douleur — instinct de survie hérité de la nature où montrer sa faiblesse est dangereux. Ce guide vous aide à identifier les signaux précoces et à agir au bon moment.
Signaux d’alarme — urgence vétérinaire immédiate
Ces symptômes nécessitent une consultation dans les heures qui suivent :
- Difficultés respiratoires : bouche ouverte, respiration rapide, flancs qui bougent fortement
- Incapacité à uriner (surtout mâle) : tente de faire pipi sans résultat, crie, se lèche le ventre
- Perte de conscience ou convulsions
- Paralysie des pattes arrière soudaine — thrombus aortique
- Sang dans les urines, selles ou vomissements en grande quantité
- Abdomen fortement gonflé et douloureux
- Traumatisme (chute de hauteur, accident de voiture)
- Ingestion confirmée de toxique
- Température > 40°C ou < 37°C
Les maladies les plus courantes
1. Maladies des voies urinaires basses (FLUTD)
Très fréquent, surtout chez les mâles stérilisés et les chats nourris aux croquettes.
Symptômes :
- Mictions fréquentes, petites quantités
- Sang dans les urines (urines roses ou rouges)
- Douleur à la miction (cris, posture tendue)
- Léchage excessif de la région génitale
- Urine en dehors de la litière
Formes : cystite idiopathique, calculs vésicaux, bouchon urétral (urgence mâle)
Traitement : antispasmodiques, anti-inflammatoires, alimentation humide enrichie en eau, parfois sondage ou chirurgie pour les calculs.
Prévention : alimentation humide, fontaine à eau, gestion du stress (facteur déclenchant majeur de la cystite idiopathique).
2. Insuffisance rénale chronique (IRC)
Première cause de mortalité chez les chats âgés. Touche 30-40 % des chats de plus de 10 ans.
Symptômes précoces (souvent silencieux) :
- Soif augmentée, urines plus diluées
- Légère perte d’appétit
- Légère perte de poids
Symptômes avancés :
- Vomissements fréquents (urée)
- Amaigrissement marqué
- Haleine ammoniaquée (odeur d’urine)
- Abattement profond
- Ulcères buccaux
Traitement : non curatif, gestion nutritionnelle (régime rénal pauvre en phosphore), fluidothérapie, anti-nauséeux, érythropoïétine si anémie. Suivi régulier tous les 3-6 mois.
Dépistage : bilan sanguin annuel à partir de 7-8 ans — le SDMA (marqueur précoce) détecte l’IRC 17 mois avant la créatinine conventionnelle.
3. Hyperthyroïdie
Très fréquente après 10 ans. Adénome bénin de la thyroïde = surproduction d’hormones.
Symptômes caractéristiques :
- Perte de poids malgré appétit augmenté (parfois vorace)
- Hyperactivité, agitation (paradoxal chez un chat âgé)
- Vomissements et diarrhées fréquents
- Pelage ébouriffé, négligé
- Soif et urines augmentées
- Vocalises nocturnes
Traitement : méthimazole (médicament oral ou en gel auriculaire), diète iodée contrôlée, traitement radio-iode (curatif), chirurgie. Pronostic excellent si détecté et traité.
4. Diabète sucré
De plus en plus fréquent, lié à l’épidémie d’obésité féline et à l’alimentation riche en glucides.
Symptômes :
- Soif intense, urines abondantes (polyurie-polydipsie)
- Perte de poids malgré un appétit maintenu ou augmenté
- Faiblesse des pattes arrière (neuropathie diabétique — démarche plantigrade)
- Léthargie
Traitement : insuline injectable (glargine chez le chat), alimentation très pauvre en glucides (idéalement pâtée à haute teneur en protéines). La rémission diabétique (arrêt de l’insuline) est possible si le diagnostic est précoce et l’alimentation adaptée. Surveillance glycémique régulière.
5. Maladies respiratoires (coryza)
Le coryza est un complexe de maladies virales (herpèsvirus, calicivirus) et bactériennes qui touchent les voies respiratoires supérieures.
Symptômes :
- Éternuements fréquents
- Écoulements nasaux (clairs puis mucopurulents)
- Larmoiements, yeux collés
- Fièvre
- Perte d’appétit (le chat ne sent plus la nourriture)
- Ulcères buccaux (calicivirus)
Traitement : antibiotiques (infection bactérienne secondaire), antiviraux (herpèsvirus), lavages nasaux, soutien nutritionnel, chaleur. La vaccination (vaccin trivalent) ne prévient pas la maladie mais en réduit la sévérité.
6. Leucémie virale féline (FeLV)
Maladie virale grave, transmise par contact étroit (salive, urine) entre chats. Détruit progressivement le système immunitaire.
Symptômes variables :
- Phase latente silencieuse (mois à années)
- Puis : infections récurrentes, anémie, cancers (lymphome), perte de poids
Diagnostic : test rapide en cabinet (ELISA). Dépistage recommandé avant toute primo-vaccination et à l’adoption.
Traitement : symptomatique, soins de support. Pas de traitement curatif. Prévention : vaccination FeLV efficace pour les chats à risque (extérieur, cohabitation).
7. FIV (virus de l’immunodéficience féline)
Souvent appelé “sida du chat” — détruit les défenses immunitaires progressivement. Non transmissible à l’humain.
Transmission : morsures profondes (mâles entiers se battant).
Symptômes :
- Infections récurrentes (respiratoires, cutanées, buccales)
- Parodontite sévère
- Amaigrissement progressif
- Maladies opportunistes
Gestion : un chat FIV peut vivre de nombreuses années en intérieur avec des soins adaptés. Alimentation de qualité, suivi vétérinaire rapproché, pas de stress.
8. Gastro-entérite et MICI
La maladie inflammatoire chronique de l’intestin (MICI) est un ensemble d’affections du tube digestif caractérisées par une inflammation chronique.
Symptômes :
- Vomissements chroniques (plusieurs fois par semaine)
- Diarrhée intermittente ou chronique
- Perte de poids progressive
- Diminution de l’appétit
Diagnostic : biopsie intestinale (endoscopie ou chirurgie). Traitement : régime d’exclusion, corticoïdes, vitamines (B12 souvent déficiente), parfois immunosuppresseurs.
9. Maladies dentaires et parodontales
80 % des chats de plus de 3 ans ont une forme de maladie dentaire — souvent sous-diagnostiquée car le chat masque la douleur.
Symptômes :
- Haleine très mauvaise
- Bave inhabituelle
- Difficultés à manger (préférence pour côté, refuse croquettes dures)
- Patte portée à la bouche
- Réticence à se faire toucher le museau
Traitement : détartrage sous anesthésie, extractions si nécessaire. Prévention : brossage dentaire quotidien ou à défaut hebdomadaire, gâteries dentaires, jouer d’hygiène bucco-dentaire.
10. Lymphome
Cancer le plus fréquent du chat. Souvent lié au FeLV (formes juvéniles agressives) ou spontané (formes intestinales chez les adultes).
Symptômes (lymphome intestinal, le plus courant) :
- Vomissements et diarrhées chroniques
- Perte de poids
- Perte d’appétit
Traitement : chimiothérapie orale (chlorambucil + prednisolone pour les formes de bas grade). Bon pronostic pour les lymphomes intestinaux de bas grade — survie médiane 2+ ans avec traitement.
Tableau récapitulatif : symptôme → cause possible
| Symptôme | Causes possibles |
|---|---|
| Vomissements fréquents | Gastrite, MICI, IRC, hyperthyroïdie, corps étranger |
| Diarrhée chronique | MICI, parasites, allergie alimentaire, lymphome |
| Soif augmentée | IRC, diabète, hyperthyroïdie |
| Perte de poids malgré bon appétit | Hyperthyroïdie, diabète, MICI, parasites |
| Éternuements + écoulements | Coryza, rhinite, polype nasopharyngé |
| Difficultés urinaires | FLUTD, calculs, infection |
| Boiterie soudaine | Arthrite, traumatisme, thrombus (paralysie brutale) |
| Jaunissement de la peau/yeux | Ictère — atteinte hépatique ou hémolytique |
| Abdomen gonflé | PIF (péritonite), ascite, tumeur |
FAQ — Maladies du chat
Comment savoir si mon chat a de la fièvre sans thermomètre rectal ? Oreilles très chaudes, nez très sec et chaud, léthragie et frissons peuvent indiquer de la fièvre. Mais seul un thermomètre rectal (normale : 38-39,2°C) est fiable. Apprenez à utiliser un thermomètre digital avec un peu de vaseline — votre vétérinaire peut vous montrer la technique.
Mon chat a perdu du poids rapidement. Dois-je consulter ? Oui, sans tarder. Une perte de poids significative (> 10 % du poids corporel) en quelques semaines est toujours pathologique chez le chat. Les causes (hyperthyroïdie, IRC, diabète, cancer) sont traitables si détectées tôt.
Mon chat éternue souvent. Dois-je m’inquiéter ? Éternuements occasionnels sont normaux (poussière, chatouillement). Éternuements fréquents plusieurs jours de suite, avec écoulements nasaux ou oculaires, évoquent le coryza ou une rhinite — consultez pour un traitement adapté.
À quelle fréquence dois-je emmener mon chat chez le vétérinaire en bonne santé ? Visite annuelle jusqu’à 7 ans (vaccins, examen, bilan si besoin). Semestrielle de 7 à 10 ans. Tous les 3-4 mois à partir de 10 ans. Un bilan sanguin annuel à partir de 7 ans permet de détecter précocement les pathologies du chat âgé.
Conclusion
Les maladies courantes du chat sont souvent insidieuses — le chat masque ses symptômes jusqu’à un stade avancé. Le suivi vétérinaire régulier, la vaccination, la vermifugation et un bilan sanguin annuel après 7 ans restent les meilleurs outils de prévention.
Consultez aussi notre guide sur la stérilisation du chat, le calendrier vaccinal et nos conseils sur l’alimentation du chat senior.